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Rêvé le 15 janvier 2013 - ipseaure avait 43 ans Ajouter ce rêve à vos favoris

Bonjour à tous,

Pour mon introduction sur ce site j'ai choisi de vous soumettre le récit d’un rêve dont la présente version est particulièrement proche des notes que j’en avais saisies au réveil, en remémoration immédiate, et, à mon sens, une des moins altérées par la mise en forme textuelle (dans laquelle la logique syntaxique impose inévitablement un certain ordre de raison.)
     L'autre intérêt de ce rêve est qu'il comporte une variété et une densité importante des types d’articulations les plus caractéristiques de mes rêves que j’appelle des SYNESTHESIES ONIRIQUES, (tel qu'il existerait des fusions ou des mutations formelles par lesquelles une sensation initialement manifestée se convertirait directement en une sensation d’un autre registre ( une couleur en odeur,  un son en une forme visible, un goût en sensation tactile, etc…)).

Je propose, à la suite, un  repérage dans ce rêve de deux ou trois articulations oniriques et une proposition de  définitions génériques pour désigner ces types de conversion de sensations telles qu'elles sont apparues dans ce rêve, mais aussi dans bien d’autres de mes rêves, sous des formes voisines,  et même analogues à des processus que d’autres personnes ont pu vivre au cours de leur propre immersion onirique ainsi qu'elles m'en ont témoigné.

  Je précise que l’examen systématique de tels transitions formelles en leur associant une terminologie  propre aurait pour but d’établir, entre tous les types de rêves, un réseau de dénominateurs communs desquels puissent se dégager des généralités et concepts véritablement spécifiques concernant les processus oniriques.
    Ce qui constituerait une base indispensable, me semble-t-il, pour en amorcer une compréhension « de l’intérieur » capable de s’affranchir des interprétations psychologisantes ou symbolistes jusqu’alors pilotées à partir de la seule logique de la conscience de veille .

Pour éclairage minimum du contexte du rêve, je précise que mes activités personnelles relèvent toutes des arts plastiques, que je n’ai jamais eu d’atelier sur pilotis en bord de mer mais qu’adolescent, je peignais et dessinais sur une plate-forme dans un grand arbre.
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RELEVÉ DU RÊVE:

C’est une porte connue de moi.
Comme étant celle de mon atelier sur pilotis, mobile l’atelier, au bord/sur/dans la mer, un transhumant qui me fait faire des kilomètres.
Je l’ai repéré facilement, l’atelier… il déambulait au large de la plage à longues enjambées. Sur des fonds de deux à trois mètres, pas plus. Je me demande ce qu’il va chercher là-bas. Je crois qu’il fais ça pour m’emmerder.
Aujourd’hui, ça va encore. Mais ça m’oblige quand même à l’approcher à la nage.
En douceur…   Le farouche, c’est l’escalier ;  il faut surtout le saisir par la rambarde avant de poser le pied parce que la déambulation ne s’arrête pas tout de suite pas tant que je n’aurais pas posé la main sur la table, là-haut.
Ce qui m’étonne c’est de voir comment les pilotis pourtant épais cylindriques  couverts de pédoncules
blanchâtres peuvent fendre l’eau sans un remous et sans autre sillage qu’une hécatombe de posidonies arrachées au fond par le raclage des basses poutres.
Il y a toujours une appréhension à vouloir toucher un objet dont on sait par avance qu’il aura un comportement imprévisible.
Donc je touche. La porte frémit, se creuse d’un réseau de sillons écailleux, la poignée rien qu’à y penser se dérobe sous forme de poire rétractile… Mais pas comme le pas de la porte. Lui , il est mou. Ce pas s’étire comme un bâillement horizontal.
L’intérieur reçoit assez mal non plus, envahi de raies de lumière verticales qui donnent envie de repousser: L’atelier est encombré de faisceaux de lamelles. Comme des fanons de baleine. Ce sont eux qui débitent la lumière en filasse. Ca pousse en bosquets à partir des habituelles zones de frottement.
Je me dis que j’aurais dû raser cet atelier depuis longtemps.
La friche de lanières a repoussé de soixante centimètres au moins depuis le dernier entretien.  Ce sont les arrêtes des meubles et les lattes du plancher qui sécrètent le plus; il en sort comme des lamelles de céramique souple bleuissantes qui ne cassent plus lorsqu’elles s’adossent les unes aux autres en massifs denses et vous empêchent de marcher sur le sol .
 Les massifs me repoussent vers le haut par saccades en forçant sur les jambes. Un pas en avant  c’est un pas vers le haut. Pas le choix.
Et on se retrouve ligoté au plafond qui lui est imberbe, allez savoir comment. Et j’essaye de me raccrocher à l’étau de fonte.
Il me trahit comme le reste en se difractant en lames pétillantes qui refusent l’empoignade.
Les sonorités fluides qui se déployaient au revers des objets depuis l’heure du rendez-vous deviennent  des couleurs faites d’un frétillement microscopique qui lancinent sous les doigts. Et c’est ce frétillement dans la masse qui rend maintenant les surfaces pénétrables au regard par endroits. Ou plutôt, pénétrables par moments, là où le regard s’attarde s’il parvient à s’attarder. Car ces couleurs font glisser l’attention de côté.  La volonté de déplacement est incluse dans la couleur comme une composante matérielle qui agirait directement  sur les muscles.
 Comme j’essaye encore de défricher un espace autour de moi, la danse de la forêt de lanières s’accentue et se débrouille pour me déverser par la fenêtre.
Des torsades m’enveloppent et me transportent en un faisceau continu vers la surface de la mer, à travers le bois de la plate-forme.
Elles m’ont pris la couleur des mains: Un saumon clair qui est absorbé par contact de la peau et qui entraîne derrière lui un rouge sombre et des verts tendres. Mon corps est pillé de toute coloration.
Non seulement mes jambes ne me supportent plus, empêtrées dans ce faisceau de couleur autoritaire, mais en plus, je ne peux plus me voir.
Les spaces m’empêchent de me contrôler, vaincu par la transparence. Et j’ai conscience que si je ne me vois plus, c’est parce que toutes mes couleurs, converties une à une en 1 porteurs, ont des vitesses syndépendantes.
Et ce qui fait que les couleurs osent faire mouvement, c’est que je n’avais jamais remarqué le rythme de chacune.
 Il a fallu qu’elle se réunissent en dehors de moi pour se mettre à onduler et m’entraîner vers la mer dans une déglutition continue.
C’est alors que je m’aperçois que je suis moi-même le mouvement qui s’écoule et se dilate parmi les matériaux. Les spaces me retournent vers un état fluide qui accélère avec une cadence empêchant totalement de se concentrer.
Je perçois bien clairement ma vague qui s’étend en ondes concentriques. Mon centre, alvéolaire, est bien net mais, en bordure, je tends à disparaître en frissons brouillés.
Je constate que je m’occupe malgré moi d’ordonner le tapis que forment les débris de posidonies à la surface de l’eau ; c’est cela ma forme à présent; Une présence dans le motif flottant. Un ordre particulier entre des copeaux d’algues qui se rassemblent en essaim plat, à la surface de l’eau.
L’atelier s’éloigne. Heureusement qu’il ne fait aucun remous, il m’aurait disloqué, heureusement pas le moindre je me le répète. ça, je suis bien d’accord avec nous-mêmes…
Je ne vois plus mais je ressens partout sur moi le ruminement du soleil qui fait se recourber sur eux-mêmes en petites tuiles cannelées les débris flottants de posidonies .
     Ensembles nous me formons et oscillons et ressentons le courant tiède qui me parcours
J’espère que rien ne viendra par en dessous
Il faut attendre que l’atelier repasse.
Ou alors rejoindre le poteau du littoral. Celui qui est fiable.

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COMMENTAIRE  :

Voici mon  repérage dans ce rêve de trois ou quatre articulations oniriques et une proposition de définitions:

Dans l' extrait suivant ;

« Les sonorités fluides qui se déployaient au revers des objets depuis l’heure du rendez-vous deviennent des couleurs faites d’un frétillement microscopique qui lancinent sous les doigts.»   ;

                           ,,trois types de phénomènes sensoriels s’enchainent :

1)  « Les sonorités fluides qui se déployaient au revers des  objets deviennent des couleurs…» 
;Ici se caractérise la mutation d’une perception sonore associée à un phénomène ou à une action définis en une sensation visuelle localisée (couleur ou forme) ; Mutation à laquelle je donne le nom générique de PHONODIASE (ou SONODIASE si la source est diffuse ou indéfinie) ;

2)  «… couleurs faites d’un frétillement microscopique …»
;Où se caractérise la fusion d’une sensation colorée avec un mouvement visuel par substrat commun (= le mouvement EST la couleur et réciproquement, sans que l’un soit défini comme le produit ou le support de l’autre).  Fusion que je range sous le terme de DYNACHROM.

3)  «… un frétillement microscopique qui lancinent sous les doigts.»                                                                                                                                                                                 
  Ici, se caractérise la fusion d’une sensation visuelle avec une texture que l’on perçoit comme phénomène dynamique au toucher, sous le nom de TACTRéON.
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____Partant d’un autre extrait du même texte :

     «  toutes mes couleurs, converties une à une en 1 porteurs, ont des vitesses syndépendantes. Et ce qui fait que les couleurs osent faire mouvement, c’est que je n’avais jamais remarqué le rythme de chacune. Il a fallu qu’elle se réunissent en dehors de moi pour se mettre à onduler »

      --; Cet extrait comporte un type de mutation directe de la sensation colorée en mouvement plus ou moins structuré, mais toujours défini par l’événement déroulé dans le rêve ( De même que la couleur jaune pourrait devenir une chute spiralée qui accélère sans fin, ou bleu= une dilatation en anneaux ; violet = un mouvement oscillant ; etc…)

          J’ai choisi d'appeler ce type de rapprochement une DIAKINE .

(A noter :  le terme « syndépendantes » est inventé pour suggérer en un mouvement compact l’espèce d’évidence unitaire avec laquelle se manifestait cette notion dans le rêve :
 Possiblement contradictoire, le mot assemble  la notion de séparation importante des « couleurs-mouvements » entre elles et, indissociablement, la synergie qu’elles semblent avoir pourtant acquise ensemble.)

Dans cet autre passage, apparaît une transformation bien particulière qui ne s’exprime pas d’un registre de sensation à un autre mais qui part de la localisation corporelle supposée du narrateur(rendue implicite par le sens du texte mais pas mentionnée) et évolue vers une incarnation plus abstraite, jusqu’à n’être plus présent qu’à l’état de phénomène dynamique, sorte de courant dans une matière non structurée :

« C’est alors que je m’aperçois que je suis moi-même le mouvement qui s’écoule et se dilate parmi les matériaux. Les spaces me retournent vers un état fluide qui accélère avec une cadence empêchant totalement de se concentrer.
Je perçois bien clairement ma vague qui s’étend en ondes concentriques. Mon centre, alvéolaire, est bien net mais, en bordure, je tends à disparaître en frissons brouillés.
Je constate que je m’occupe malgré moi d’ordonner le tapis que forment les débris de posidonies à la surface de l’eau ; c’est cela ma forme à présent; Une présence dans le motif flottant. Un ordre particulier entre des copeaux d’algues qui se rassemblent
Ensembles nous me formons et oscillons et ressentons le courant tiède qui me parcours »

La transformation évoquée ne s’exprime pas comme glissement d’un registre de sensation vers un autre:  Elle part de la localisation corporelle supposée du narrateur(rendue implicite par le sens du texte mais pas mentionnée) et évolue vers une incarnation plus abstraite, jusqu’à n’être plus présent qu’à l’état de phénomène dynamique, sorte de courant dans une matière non structurée .
Il  s’agit sans doute d’un cas représentatif d’une assez grande catégorie de phénomènes typiques des possibilités oniriques qu’ont pourrait bien retrouver dans beaucoup de rêves.
Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé de mot précis qui désignerait cette forme de migration du "moi" dans l’inétendu d’une force dynamique.

Le concours est ouvert…

 

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